Le laxisme scolaire m’a sauvée

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Quand je raconte aujourd’hui mon parcours scolaire, certaines personnes me regardent avec des yeux ronds. Comme si j’avais grandi dans une anomalie temporelle. Et peut-être que c’est le cas.

Nous sommes au milieu des années 90. J’ai quinze ans. Je suis inscrite dans un lycée à Toulouse. Inscrite est le mot juste, parce qu’en réalité, je n’y suis presque jamais. Les professeurs ne me connaissent pas vraiment. Ils m’ont vue quelques fois, surtout les jours de pluie. Ma mère ne reçoit ni appel, ni courrier, ni convocation. Personne ne s’inquiète. Personne ne surveille. Personne ne recadre.

Il serait plus simple de compter mes jours de présence que mes jours d’absence.

Et pourtant, à aucun moment je ne me sens en danger. À aucun moment je n’ai l’impression d’être “en train de rater ma vie”. Il n’y a pas d’angoisse. Pas de pression. Pas de discours dramatique. Juste un immense flottement.

À seize ans, l’Éducation nationale me remercie gentiment. La scolarité n’est plus obligatoire. Je suis libre.

Libre, mais de quoi exactement ?

Libre, mais pas avec un mode d’emploi.
Libre sans boussole. Libre sans repères clairs. Libre sans adulte pour poser une question simple, mais essentielle : et maintenant, on fait quoi.

Très vite, on m’envoie voir des conseillers d’orientation professionnelle. Je ne sais pas ce que ça donne aujourd’hui, honnêtement. Mais à l’époque, c’était une fumisterie totale. Des personnes censées “orienter” des jeunes alors qu’elles ne connaissaient ni la réalité du travail, ni celle des métiers, ni même vraiment les jeunes qu’elles avaient en face d’elles.

Et surtout, elles ne m’écoutaient pas.

Parce que j’étais une fille, et qu’à cette époque-là on ne se posait pas beaucoup de questions, les propositions étaient assez prévisibles. Secrétaire. Coiffeuse. Esthéticienne. Des métiers respectables, bien sûr, mais qui n’avaient absolument rien à voir avec moi. Rien à voir avec ce que j’aimais, ni avec ce que je cherchais.

Moi, je voulais travailler. Gagner ma vie.

Apprendre un vrai métier manuel. J’étais attirée par le bâtiment, le bois, le métal. Par quelque chose de concret. Pas par les ongles, les cheveux ou le maquillage.

Faute de mieux, je suis orientée vers un lycée professionnel, en préparation d’un bac professionnel en mécanique générale. Sur le papier, ça ressemblait à une solution. Dans la réalité, c’était… autre chose.

Besoin de décrire dans quel zoo j’ai atterri ? Mon Dieu.

Une classe hétéroclite au possible. Des élèves là par défaut, comme moi. Des tensions permanentes. Des conflits ethniques à répétition. Une ambiance de chaos constant. Les profs avaient depuis longtemps renoncé à créer une quelconque harmonie. Leur objectif semblait surtout être que la journée se termine sans trop de dégâts.

L’absence de cadre n’était plus une liberté. C’était un vacarme.

Heureusement, il y avait une autre fille dans la classe. Une seule. Et son parcours ressemblait beaucoup au mien. Même flottement. Même absence de repères. Même impression d’être passée entre les mailles du filet.

Et là, quelque chose d’étrange s’est produit.

Nous nous sommes retrouvées, toutes les deux, propulsées au rang de premières de la classe. Pour la première fois de nos vies. Non pas parce que notre niveau était élevé, mais parce que le reste était à l’abandon. Très vite, nous avons été désignées déléguées de classe. Puis, sans vraiment l’avoir demandé, médiatrices officieuses.

Nous sommes devenues l’élément tampon entre les camps. Entre les “rebeus” et les “fromages-qui-puent”, comme disaient les Guignols à l’époque. Chaque groupe ayant pour l’autre des mots très doux à s’échanger.

Nous n’avions pas de camp. Nous n’étions pas dans le jeu. Être des filles nous mettait à part. Mais cette mise à part nous donnait aussi une place étrange. Une forme de neutralité. Les garçons venaient nous voir pour des conseils. Souvent pour les devoirs. Parfois sous forme de demandes. Parfois sous forme d’injonctions.

La violence ne marchait pas avec nous. À l’époque, les garçons ne frappaient pas les filles. Et de toute façon, ils savaient que nous n’avions pas les mêmes scrupules qu’eux.

Ces deux années-là ont été chaotiques. Épuisantes. Désorganisées. Mais elles m’ont aussi confrontée, pour la première fois, à ce que produit réellement l’absence de cadre. Pas une liberté joyeuse. Un bruit permanent. Une fatigue collective. Une survie au jour le jour.

Pendant cette période, j’ai dû faire deux stages en entreprise, d’un mois chacun.

Le premier a été totalement insignifiant. Monter des fils sur un tableau. La bonne couleur dans le bon trou. Un mois de ça, et j’étais certaine d’une chose : je ne voulais pas être électricienne.

Le deuxième stage, en revanche, a tout changé.

Il ne rentrait pas dans le cadre de ma formation, mais j’ai décidé de tenter quand même. J’ai cherché un stage dans l’automobile. Les profs tiquaient. Ils se demandaient si l’académie allait accepter. Je leur ai répondu très simplement que je me foutais de l’académie. Je voulais essayer. Et si ça ne me convenait pas, ce n’était pas grave.

Je trouve un stage d’un mois, non rémunéré, chez Seat. Un petit garage. Et là, pour la première fois, tout devient clair.

Je faisais les petites révisions. Les niveaux. La pression des pneus. Des choses simples. Mais je me sentais utile. Appréciée. Reconnue. Alors je m’appliquais. J’adorais ça.

Le dernier jour, le patron me donne mille francs. À l’époque, ce n’était pas une petite somme. Il me tape sur l’épaule et me dit que je suis la bienvenue en apprentissage, si et quand je serai sûre. Et que j’ai bien mérité cet argent.

À ce moment-là, je sais.

Je veux être mécanicienne. Mais pas dans le cadre de l’Éducation nationale. C’est trop flou. Trop déconnecté. Trop vide.

Tu te rends compte, chère lectrice, que je n’avais jamais entendu parler de l’apprentissage avant ce stage ?

C’est ainsi que je me suis retrouvée chez Citroën. Un petit garage, dans un quartier très vivant de Toulouse.

La suite appartient à une autre histoire.

Avec le recul, une chose est devenue évidente. Le laxisme du lycée général a créé du chaos en moi. L’absence totale de cadre du lycée professionnel a créé un chaos autour de moi. Et c’est précisément entre ces deux formes de vide que j’ai commencé à comprendre quelque chose de fondamental.

Sans cadre clair, tout devient du bruit.

Et des années plus tard, en business, j’ai retrouvé exactement la même vérité.

Avec des entrepreneures brillantes, compétentes, engagées… mais profondément épuisées.

Des femmes pleines d’idées, de savoir-faire, de sensibilité, qui travaillaient beaucoup, souvent trop, sans jamais avoir l’impression que cela reposait sur quelque chose de solide. Elles faisaient “ce qu’il fallait”. Elles répondaient aux demandes. Elles s’adaptaient. Elles disaient oui. Encore. Puis encore. Jusqu’à ne plus très bien savoir ce qu’elles faisaient vraiment, ni pourquoi.

Je reconnaissais exactement la même mécanique que dans ce lycée des années 90.

Pas de cadre clair. Pas de frontières nettes. Pas de langage précis pour dire ce qui est attendu, ce qui est possible, ce qui ne l’est pas. Et quand le cadre est flou, tout devient bruit. Les demandes s’empilent. Les priorités se contredisent. L’énergie se disperse. On finit par survivre à son activité au lieu de la construire.

Ce n’était pas un manque de talent ni de motivation.
C’était un manque de structure consciente.

C’est à cet endroit-là que Brand Clarity est née.

Ce n’est ni un concept marketing de plus, ni une méthode miracle.
C’est une réponse très concrète à ce que j’avais déjà vécu ailleurs.

Brand Clarity, c’est remettre un cadre là où il n’y en a plus.
C’est décider, volontairement, de ce qui tient la structure.

  • Ce que tu fais vraiment.
  • Ce que tu refuses désormais.
  • Ce qui est central, et ce qui est accessoire.
  • Ce qui mérite ton énergie, et ce qui ne l’a jamais méritée.

Parce qu’un business sans clarté fonctionne exactement comme ces systèmes que j’ai connus plus jeune. Ça avance parfois. Ça fait du bruit. Ça donne l’illusion du mouvement. Mais au fond, ça fatigue tout le monde. Et surtout, ça ne tient pas dans le temps.

La clarté, ce n’est pas un luxe.
Ce n’est pas un vernis.
C’est une posture.

Et une fois qu’elle est là, on n’a plus besoin de lutter pour exister.
On n’a plus besoin de compenser.
On n’a plus besoin de s’adapter à tout.

On sait où l’on va.
Et surtout, on sait ce qui n’a plus besoin de nous suivre.

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